
Marie Chavanon met en scène « La pièce (presque) ratée », une comédie aussi exigeante que jubilatoire, où le chaos apparent repose sur une précision remarquable. À travers cette interview, vous allez découvrir une metteuse en scène passionnée, attentive et profondément humaine, qui guide ses comédiens avec finesse dans un univers où chaque détail compte.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre en scène « La pièce (presque) ratée » ?
J’avais vu la version originale anglaise, The Play That Goes Wrong, et j’avais été immédiatement séduite par son énergie et son intelligence comique. Cela faisait aussi longtemps que j’avais envie de travailler sur une mise en abyme, du “théâtre dans le théâtre”. Cette pièce cochait toutes les cases : un vrai terrain de jeu, à la fois ludique et extrêmement exigeant.
Comment avez-vous travaillé l’équilibre entre le chaos apparent et la précision technique ?
Tout le défi est là : donner l’illusion du désordre tout en étant d’une précision absolue. Chaque “raté” est en réalité chorégraphié parfois à la seconde près. Avec une troupe amateure, nous avons dû adapter certaines mécaniques pour rester réalisables, tout en conservant suffisamment de rythme et d’énergie pour que le chaos reste crédible… et surtout drôle.
Mettre en scène des “ratés” demande-t-il plus de rigueur qu’un spectacle classique ?
Oui, clairement. C’est même paradoxal : plus on veut donner l’impression que tout part en vrille, plus il faut être rigoureux. Le moindre décalage peut casser un gag ou désynchroniser une séquence entière. C’est une mécanique très fine et très exigeante.

Quels ont été les plus grands défis lors des répétitions ?
Le principal défi, c’est que nous devions travailler des accidents sans avoir les décors ou les accessoires au début. Il faut donc imaginer, anticiper, et répéter des choses très concrètes dans le vide. Et puis il y a la montée en puissance du chaos, notamment à la fin, qui demande une coordination énorme entre les comédiens.
Est-ce que tout est entièrement millimétré ou laissez-vous une part de liberté aux comédiens ?
Au début, je guide beaucoup, surtout pendant l’apprentissage du texte et la mise en place des mécaniques. Ensuite, une fois que les comédiens sont à l’aise, je leur laisse une vraie liberté pour s’approprier leur rôle, ajuster leur jeu, affiner le timing. Cette part de liberté est essentielle pour garder de la fraîcheur et pour que les comédiens y prennent aussi plaisir. Je leur dis toujours, si vous prenez du plaisir, le public le verra et s’amusera avec vous.
Comment dirige-t-on des acteurs pour qu’ils jouent volontairement “mal” tout en restant crédibles ?
On ne leur demande jamais de “jouer mal”. Au contraire, ils doivent être extrêmement sincères. Ils incarnent des personnages qui, eux, jouent mal et c’est toute la nuance. L’enjeu, c’est de rester toujours dans la vérité du personnage, même au cœur du chaos. L’authenticité est cruciale au théâtre.
Y a-t-il un moment dans la pièce qui vous a particulièrement posé problème à mettre en scène ?
La fin, sans hésiter. C’est un véritable paroxysme de chaos, où tout s’accélère. Il a fallu trouver le bon équilibre pour que cela reste lisible, rythmé et efficace, sans basculer dans quelque chose de brouillon.

Quel type de réaction du public espérez-vous provoquer ?
Avant tout, le rire : un rire franc, spontané. Mais aussi une forme de complicité : que le public comprenne progressivement la mécanique et prenne plaisir à anticiper les catastrophes. Et idéalement, qu’il ressorte avec le sentiment d’avoir assisté à quelque chose de généreux et vivant.
Qu’avez-vous voulu apporter de personnel à cette mise en scène ?
Je tenais à conserver l’esprit british de la pièce originale, cette élégance dans l’absurde, tout en y apportant une lecture plus française. J’ai notamment choisi de transposer la situation : ici, ce n’est plus une troupe britannique qui joue une pièce anglaise, mais une troupe de comédiens français qui tente de s’approprier un univers très codifié, avec tout ce que cela peut générer de décalages. J’ai également réécrit certains passages pour les adapter à notre contexte et à notre troupe. Et j’ai entièrement repensé le personnage de Chris, la metteuse en scène, en modifiant son texte et sa personnalité. Cela m’a permis d’affirmer un regard un peu différent, tout en restant fidèle à l’esprit original.
Si vous deviez résumer votre vision de ce spectacle en une phrase, quelle serait-elle ?
Une mécanique bien huilée… qui donne l’illusion de s’effondrer à chaque instant.
J’ai eu l’immense plaisir d’assister à The répétition, et ce qui m’a frappée, c’est la manière dont Marie Chavanon dirige sa troupe : avec une grande gentillesse, beaucoup de patience et une vraie joie partagée. L’ambiance était à la fois conviviale et rigoureuse, mêlant rires et précision dans un équilibre rare. On sent une troupe soudée, portée par une énergie collective sincère. Tout laisse penser que le spectacle sera à la hauteur de cette belle dynamique.
La pièce sera présentée les 16, 17 et 18 avril 2026 à 19h au Pearl. N’hésitez pas à acheter vos billets en scannant le QR CODE !










